Hirtzbach et son histoire
La famille Reinach et le château

La famille Reinach et le château


Hirtzbach faisait partie de la seigneurie d'Altkirch et appartenait aux Habsbourg. Ceux-ci attribuèrent le village à Jean Béat Grass dit Vay, bailli de la Régence d'Ensisheim, où il joua un rôle très important dans la seconde moitié du XVIe siècle. Il racheta le fief pour pouvoir le transmettre librement à sa descendance.

De son mariage avec Ursule d'Andlau, il eut une fille Marie Ursule qui hérita du fief de Hirtzbach. Elle épousa Hans Diebold de Reinach, seigneur de Roppe, Allenjoie, Sainte-Marie, Randegg..., bailli autrichien à Altkirch, qui mourut en 1616 ou 1619.

De leur union sont issus plusieurs fils, dont le troisième, Melchior, élevé avec ses deux autres frères à la dignité de "Reichsfreiherr" par l'empereur Ferdinand II le 13 avril 1635, épousa Ursule de Reinach Steinbrunn. Melchior est à l'origine de la branche de Reinach Hirtzbach qui se perpétue jusqu'à nos jours en onze générations.

La construction du château

Le château primitif devait être ce qu'on appelle une maison forte. Il est représenté sur une peinture se trouvant dans un cartouche, en haut de l'autel latéral droit de l'ancienne église Sainte-Afre. Faute de précisions dans les archives de la famille, on ne situe pas encore très bien son emplacement. Etait-il construit sur une motte située dans le bois tout proche du château, non encore explorée ? Toutefois, selon la tradition orale, il aurait occupé la place de l'aile gauche du château actuel.

château de Reinach 2

En effet, au début du XVIIIe siècle, François de Reinach Hirtzbach, époux de Anne-Marie de Sickingen Hohenbourg, descendante directe du célèbre Frantz de Sickingen, entreprit la construction du château actuel. On sait qu'il fit araser la tour - donjon et prolongea la construction telle qu'elle se présente maintenant, à l'exception du second étage du milieu. Cet étage ne fut construit qu'à la fin du XVIIIe siècle par le maréchal de camp Antoine de Reinach Hirtzbach, au moment de son mariage, en 1780, avec Marie-louise de Mohr de Wald d'Autel, dernière héritière d'une très ancienne et illustre famille du Luxembourg.
On remarquera qu'à cet étage les embrasures de fenêtres sont en bois. On sait que ce sont des maçons de Delémont qui ont réalisé la grande construction, sans doute sur l'intervention de Jean-Conrad de Reinach Hirtzbach, prince-évêque de Bâle, régnant de 1705 à 1737. Toujours est-il que les travaux furent exécutés avec beaucoup de soins en ce sens qu'à travers les caves, on ne peut discerner les parties les plus anciennes des nouvelles. En mémoire des constructeurs, les armoiries Reinach-Sickingen figurent au fronton du château, d'après une reproduction d'une taque de cheminée portant la date de 1710.
La terrasse, à l'avant, ne fut construite qu'au début du XXe siècle.

château de Reinach

De la révolution à nos jours

Sous la révolution, en 1793, le château fut occupé par des chiffonniers, tandis que le maréchal de camp Antoine de Reinach était incarcéré à Belfort. Il fut libéré assez rapidement sur les instances et menaces de la population même du village, très attachée à son seigneur et bienfaiteur. "Si vous ne le libérez pas, nous irons le chercher avec nos faux et nos fourches pour le ramener chez nous" fut le cri unanime selon l'historien Fues. Malheureusement, le château pillé et dégradé par ses occupants, devenu inhabitable, le maréchal de camp dut s'établir auprès de sa mère Rose d'Eptingen, à Altkirch, où il occupa des fonctions dans l'administration de la ville. Ce n'est que sous le Consulat de Bonaparte qu'il put regagner les lieux et faire revenir ses enfants réfugiés en Allemagne et au Luxembourg.

Antoine de Reinach

Le château subit de nouvelles déprédations quand il dut être abandonné aux troupes allemandes, en décembre 1915, lors de l'évacuation de la région vers des zones à l'abri des bombardements. Le château fut endommagé par deux obus au cours de cette guerre. Au retour en 1918/19, la famille de Reinach le trouva dans un état de saleté et de dégâts indescriptible : cave transformée en abri, troncs d'arbres dans la salle à manger et dans le grand salon... Des ornementations et boiseries du XVIIIe siècle, il ne subsistait plus rien. De grands travaux de restauration furent nécessaires. Ils n'étaient pas achevés quand éclata la Seconde Guerre mondiale.

Avec ses 132 portes et fenêtres donnant sur l'extérieur, ses 30 pièces, le château de Reinach impose sa stature au coeur du village.
Dans le jardin à l'arrière du château, on remarquera un cadran solaire sur pied, du XVIIIe siècle, polyèdre à 26 faces, dont chacune comporte un cadran, à l'exception de celle qui sert de base d'appui sur le socle. Son sculpteur y a fait figurer, tout en respectant la régularité géométrique, au moins une fois chacun des cadrans classiques particuliers connus. Il a donné donc à chacune des faces horizontales supérieure et inférieure, des contours d'octogones réguliers. On y trouve un cadran horizontal, un méridional, un septentrional, un oriental, deux polaires, deux équatoriaux... Un cadran solaire semblable dans sa forme à celui-ci ne pourrait être construit sous aucune autre latitude et c'est là que réside la singularité de cet ensemble qui en fait une curiosité mathématique. Ce cadran multiface, modèle d'art, de précision et de patience, est en excellent état de conservation et la disparition de la presque totalité de ses styles n'enlève en rien à sa valeur scientifique et esthétique.
(R. Rohr, Les cadrans solaires anciens d'Alsace p.190-194)

A noter que par arrêté du Préfet de la région Alsace en date du 6 mars 1990, certaines parties du château de Reinach ont été inscrites à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques, à savoir : les façades, les toitures, le salon central au rez-de-chaussée et le salon immédiatement adjacent au sud avec leur décor, le jardin, les trois portails à grilles en fer forgé et le cadran solaire en polyèdre dans le jardin dudit château.

La famille de Reinach

Parmi les personnages de la famille qui ont vécu sur place, on peut citer le prince-évêque Jean-Conrad, né en 1657 à Michelbach, fils de Jean Thiébaud de Reinach et d'Anne-marie de Reinach Steinbrunn. Après des études à Porrentruy et Rome, il entra au chapitre de Bâle où il occupa les fonctions de chanoine, grand scholastique et enfin grand doyen en 1704. Il fut élu prince-évêque de Bâle en 1705 succédant au prince Rinck de Baldenstein. Son règne de 32 ans fut très agité (hivers rigoureux, famine, peste, troubles politiques...) Il créa une nouvelle monnaie et construisit le château de Delémont. Il réforma toute l'administration de son diocèse.

Son frère Jean-Baptiste qui vécut également au château de Hirtzbach, l'aida comme coadjuteur à partir de 1725. Les coeurs de Jean-Conrad et de Jean-Baptiste reposent sous l'autel de la chapelle privée attenante à l'église Saint-Maurice.

Parmi les autres membres ayant habité le château, citons encore Jean-François-Casimir, conseiller d'Honneur et d'Epée au Conseil Souverain d'Alsace, et Charles, fils d'Antoine, qui rejoignit les troupes françaises à la proclamation de l'Empire. Il participa à la bataille de Heilsberg, aux campagnes d'Espagne, du Portugal et de Russie. Il fut grièvement blessé près de Moscou. Remis tant bien que mal, il suivit la campagne d'Allemagne. Promu chef d'escadron et officier de la Légion d'honneur, Murat le prit comme aide de camp au moment de la bataille de Leipzig. La Restauration le maintint en activité. Aux Cent Jours, il rallia l'Empereur et le suivit à la campagne de Belgique où il commanda l'arrière garde de l'armée française en retraite. Il se battit à Rocquencourt contre les Prussiens, puis en 1816, il entra dans la vie civile et épousa sa cousine Antoinette de Reinach Steinbrunn. Elu député sous la Restauration, il siégea au centre gauche et fut de ceux qui votèrent l'adresse des 221 qui entraîna la chute de Charles X. Louis-Philippe le nomma Pair de France et lui donna la cravate de commandeur de la Légion d'honneur. Conseiller général, il abandonna la politique en 1848. C'est lui qui créa le parc à côté du château.

Charles et Antoinette de Reinach eurent six enfants dont Hesso-Antoine qui vécut à Hirtzbach. Il fut maire de la commune pendant 47 ans. Député au corps législatif de 1851 à 1869, puis président du Conseil général du Haut-Rhin de 1872 à 1894, il fut aussi membre du Landesausschus (délégation d'Alsace-Lorraine) et du Conseil d'Etat et officier de la Légion d'honneur. Il épousa en 1851 Anne de Gohr.

Ses frères Maurice, colonel de cavalerie, décédé en 1896, et Charles, ministre plénipotentiaire, mort en 1909, habitèrent aussi le château, étant restés célibataires.

Sigismond (1869-1947), un des fils de Hesso-Antoine, fut sénateur au Landtag, conseiller général et maire de Hirtzbach pendant 27 ans. Il épousa en 1901 Charlotte, baronne de Mullenheim Rechberg, qui vécut à Hirtzbach jusqu'à son décès en 1977, à l'âge de 98 ans.
(Texte écrit par Maurice de Reinach Hirtzbach)

Le couple a eu deux fils qui ont ainsi permis de maintenir la lignée des de Reinach Hirtzbach : Hesso, décédé accidentellement en 1948 et Maurice, décédé en 1994.
Maurice laissa quatre fils (François, Antoine, Christian et Philippe) auxquels incombe désormais l'entretien du château.

Chapelle funéraire de la famille de Reinach

chapelle funéraire de la famille de Reinach

A droite du choeur de l'église Saint-Maurice s'ouvre la chapelle privée de la famille de Reinach, construite aux frais de Charles de Reinach en 1834. Un vitrail présente les armoiries primitives, avec la date légendaire de 803. Un autre vitrail montre celles que l'empereur Ferdinand II concéda en 1635 à Jean Henri, général commandant de l'Autriche antérieure et à ses deux frères. Elle abrite les restes de nombreux représentants de la lignée exhumés lors de la destruction de l'ancienne chapelle du cimetière.

La famille présente en Argovie dès 1210, s'était réfugiée dans le Sundgau après la bataille de Sempach de 1386 et la formation de la Confédération helvétique. Jean Théobald, bailli à Altkirch, épousa en 1590 l'héritière du château de Hirtzbach et son plus jeune fils fonda la branche qui y réside depuis.

Une plaque de marbre noir énumère les membres de la famille inhumés dans l'ancien caveau jusqu'à la construction de l'église actuelle et la création du nouveau cimetière.

Texte inscrit sur la dalle :

"L'an 1834 - Cette église ayant été construite, les restes des dénommés ci-après furent retirés du caveau servant de sépultures à la famille de Reinach de Hirtzbach et réunis en un seul cercueil placé dans une voûte pratiquée sous l'autel de cette chapelle, élevée aux frais de Charles baron de Reinach, Pair de France.
1. Jean Théobald baron de Reinach de Hirtzbach, décédé le 19 mars 1678
2. Marie Cléopha de Reinach, de Lumschwiller, décédée le 17 mai 1692
3. Louis Ignace baron de Reinach, décédé le 19 septembre 1696
4. Anne-Marie-Eve, baronne de Reinach, née Reinach de Steinbrunn, décédée le 16 février 1702
5. Epouse de Jean Théobald baron de Reinach de Hirtzbach, décédé le 20 mai 1704
6. Marie Anne de Reinach, chanoinesse à Remiremont, décédée le 2 décembre 1711
7. François Joseph baron de Reinach de Hirtzbach, chevalier de Saint Louis, décédé le 31 janvier 1729
8. Anne Marie baronne de Sickingen, épouse du précédent, décédée le 30 septembre 1735
9. Béat Melchior baron de Reinach de Hirtzbach, décédé le 11 août 1747
10. Marie Antoinette de Reinach, chanoinesse à Remiremont, décédée le 17 mars 1735
11. François Casimir Pierre Armand baron de Reinach de Hirtzbach, conseiller, chevalier d'honneur d'épée au Conseil Souverain d'Alsace, décédé le 4 janvier 1776
12. Joseph Antoine Lothaire Philippe Jean Népomucène, baron Mohr de Wald d'Autel, dernier de ce nom, décédé le 3 octobre 1783
13. Marie Louise Joséphine Walbourg Thérèse baronne de Reinach de Hirtzbach, née Mohr de Wal d'Autel, décédée le 2 mars 1790
14. Epouse de Joseph Antoine Charles baron de Reinach de Hirtzbach, chevalier de Saint Louis, maréchal de camp, chevalier d'honneur d'épée au ci-devant Conseil Souverain d'Alsace, décédé le 26 octobre 1815
15. Marie Joséphine Walbourg Antoinette comtesse de Reinach Foussemagne, née de Reinach de Hirtzbach, décédée le 2 octobre 1805
16. Epouse de Jean Félix François Philippe comte de Reinach Foussemagne, décédé le 21 août 1807.

Dans une petite caisse en plomb placée sur le cercueil se trouvent réunis et embaumés les coeurs de :
1. Jean Baptiste baron de Reinach de Hirtzbach, Evêque d'Abdère, coadjuteur élu de l'évêché et principauté de Basle, décédé le 25 janvier 1734
2. Jean Conrad baron de Reinach de Hirtzbach, prince-évêque de Basle, décédé après son frère et coadjuteur le 19 mars 1737.
Leur corps reposent dans le caveau princier de l'église du Collège de Porrentruy."

On remarquera de part et d'autre de cette dalle, des anges portant les instruments de la passion et quatre colonnettes sculptées, provenant sans doute de l'ancienne chapelle funéraire. Au-dessus de la porte de sortie figure une copie d'une taque de cheminée datée de 1724, aux armes du prince-évêque Jean-Conrad de Reinach.

Date de publication: 19/02/2010 11:24
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